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Trois jours, deux nuits et quelques heures

Défi Scribay « Souvenir par les autres sens  » lancé par Éric Gélard
Statistiques : 437 mots – 2455 signes – 2 min de lecture.
Note : En souvenir de Marie

Trois jours : Le monde a disparu dans un flot salé. Sous mes bras, le métal froid du bureau médical. L’eau amère qui s’échappe en silence de mon visage vient s’écraser, douce et chaude, sur mes mains. Dans ma tête, les mots du docteur résonnent en boucle : « Il y a très peu de chance pour qu’elle se réveille. »

Deux nuits : Le petit lit de camp installé en hâte grince à chacun de mes mouvements. Mon bras tendu pour lui tenir la main commence à être douloureux mais la lui lâcher m’est insupportable. Sous ma paume, ses doigts sont frais presque froid. Régulièrement, la porte s’ouvre et les infirmières viennent vérifier son état… et le mien.

Deux jours : La journée s’annonce aussi pénible que la nuit. Des effluves de désinfectants et de médicaments planent dans la chambre. Tous les sons alentours sont étouffés pour la tranquillité des malades. Des pas dans le couloir, des coups rapides et délicats à la porte. Nouvelle sentence, définitive cette fois, « Ses reins se sont arrêté, ça ne sera plus très long maintenant ».

Une nuit : Mon corps est perclus de douleur et le sommeil me fuit toujours. Les quelques minutes grappillées sont entrecoupées de cauchemars. Je lui parle doucement, je l’invective, je la supplie de me répondre. Sa respiration lente est sa seule réponse.

Un jour : La fatigue anesthésie complètement mon cerveau. Les gens vont et viennent. Reniflements, pleurs, souvenirs, silences rythmés par son souffle dans le respirateur, chacun son « au-revoir ». La télévision vomit son flot d’inepties tout au long de la journée. Ma présence ici ne sert à rien et je vais finir par faire un malaise. Je n’ai pas le choix, on me ramène à la maison.

Quelques heures : Une heure de sommeil ! Sonnerie du téléphone ! Je me suis écroulée, écrasée par l’épuisement. Je suis réveillée après une heure d’un très léger repos. Je voulais être présente pour son dernier souffle mais elle a finalement attendu que je sois partie. Le sol se dérobe sous mes pieds et je m’écroule dans un bruissement de tissus. Elle n’est plus, elle est partie, c’est fini. Plus jamais je ne sentirais l’odeur de l’eau de rose qu’elle utilisait pour nettoyer sa peau. Plus jamais je ne ressentirais la tendre étreinte de ses bras. Plus jamais son rire franc, plus jamais sa voix fraîche et calme. Plus jamais nos discussion métaphysique, plus jamais ses bons petits plats. Que les horloges s’arrêtent et que le monde se fige. Ma mère est morte et mon coeur est brisé.

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