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La fugue

Défi Scribay « Voyage dans les étoiles » lancé par Charlotte Gbt
Statistiques : 872 mots – 5060 signes – 3 min de lecture.
Note : Quand le traumatisme est trop grand, s’échapper de la réalité peut-être la seule solution.
Disponible au format pdf pour les liseuses, tablettes et smartphone.

– Mais qu’est-ce qui s’est passé, putain ? – On a été frappé par quelque chose. Ed est inconscient et le moteur gauche est en feu. Will, aidez-moi à le rentrer. – Préviens Kourou. VITE !

Un bon repos dans l’obscurité apaisante de notre chambre a fait disparaître mes vertiges. Assis sur le bord du lit, je contemple maintenant les étoiles. Bien que nous voyagions vers la Nébuleuse de la Lagune, la nuit sidérale me reste familière. En effet, le hublot interactif affiche une vue 3D des constellations de mon choix. La sensation de familiarité est totale et rassurante.

– Redresse, bon sang ! Mais, REDRESSE, BRIM ! – Je fais ce que je peux, MERDE ! Le stabilisateur est mort et le gyro s’affole … Je n’arrive pas à garder l’assiette !

Brim sort de la salle de bain dans un charmant peignoir molletonné. Au lieu de rentrer directement dans le dressing, elle me jette un regard malicieux et laisse délicatement glisser le déshabillé sur le sol. Féline, elle expose sans vergogne son corps nu pendant qu’elle sélectionne sa tenue. Elle est belle à couper le souffle. Elle fini par enfiler un pantalon de toile et une blouse légère. Elle choisi des sandales fleurie qui lui donne un air de touriste.

– Br… i … m.. …de..l’.. ai..r..- Will ? Oh mon dieu ! Will ! Tenan, la combinaison de Will est en train de se dépressuriser. Il n’a presque plus d’oxygène ! Tu m’entends, Tenan ?

Brim me prend par la main et m’entraîne hors de notre chambre. L’ordinateur mural fourni une foultitude d’indications et d’informations dans un léger halo de lumière bleuté. Un calme discret règne dans les couloirs, ponctué ça et là de bruits de pas et de portes. Deux petites filles se chamaillent pour savoir laquelle aura le privilège d’appeler l’ascenseur. Une fois à l’intérieur, une musique aérienne nous berce pendant que nous traversons les huit étages qui nous séparent du pont principal sur ses suspensions magnétiques silencieuses.

Les bruits de tôle froissée, d’explosions et de sifflement des moteurs en feu sont si forts qu’ils traversent mon casque pourtant insonorisé. A travers l’intercom, j’entends distinctement le râle d’agonie de Will au milieu des aboiements de mes compagnons. Des remugles de sang, de chair brûléeet de kérosène me parviennent malgré mes protections. J’en ai le cœur soulevé.

L’heure d’affluence est passée depuis un bon moment et le hall d’entrée est presque vide. Dans la salle d’attente, une mère de famille débordée tente vainement de rassembler sa marmaille. Trois petits garçons roux courent autour d’elle en riant pendant essaye tant bien que mal de les rattraper sans faire tomber son nourrisson. A l’accueil, un vieux beau un peu hautain houspille le pauvre groom qui ne sait plus où se mettre. Près des ascenseurs, un jeune couple semble totalement incapable d’attendre d’être monter dans leur chambre pour commencer leur nuit de noce. Scènes d’après-midi banales dans un spationef de croisière.

Will a arrêté de gémir et Brim a été éjectée lorsque le cockpit a été emporté par la fournaise de notre rentrée soudaine dans l’atmosphère. Les flammes se sont invitées dans le vaisseau et la chaleur est de plus en plus insupportable. Je suis toujours attaché sur la couchette où ils ont pris la peine de me mettre. Respirer devient difficile et douloureux. Tenan s’est harnaché dans le fauteuil du poste technique. J’entends sa voix dans l’intercom : – Rendors-toi fils, retourne dans ton rêve. Ce sera bientôt fini de toute façon. Je sombre à nouveau.

Main dans la main, nous nous dirigeons vers l’immense baie vitrée pour admirer un spectacle incroyable. Attiré par la traînée énergétique de l’astronef, un groupe de dauphins boréals s’est approché et joue le long des courants cosmiques. Leurs nageoires produisent un sillage lumineux qui les fait ressembler à des anges stellaires. En arrière-plan, telle l’apothéose d’une exhibition féerique, l’explosion lointaine d’une supernova embrase l’espace pendant un instant. Je prends Brim dans mes bras et je l’embrasse sur le front en soupirant. Notre première excursion spatiale est vraiment un voyage de rêve.

Communiqué du CIA (Centre International Aéronautique) C’est dans un vacarme assourdissant que s’est achevé, ce matin, le rêve d’espace des quatre astronautes de la Mission Espérance. Brim Kenzai, Will Chaumont, Tenan Aragosian et Edouard Steroux sont décédé à 04:42 ce 20 février 2025 pendant la dislocation de leur navette. D’après nos premières informations, c’est lors d’une sortie de deux cosmonautes qu’un de leur moteur a été percuté par un objet non identifié et que l’un d’eux a été blessé. Le temps nécessaire à la réintégration au sein du vaisseau leur aura malheureusement été fatal. Leur orbite perdue et les instruments irrécupérables, l’aéronef a pris un mauvais angle de rentrée dans l’atmosphère. Elle a donc fini, sous l’effet des tensions, par se désagréger au-dessus de l’Océan Atlantique.
Toutes nos condoléances aux familles de ces courageux pilotes qui effectuaient ici leur tout premier vol dans l’espace.

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